Interview d’Aakik Driss, secrétaire général du Syndicat des paysans d’Aoulouz (province de Taroudant)
Propos recueillis par Amal Lahoucine , novembre 2006
Aakik Driss est un activiste de la société civile à Ouzioua, dans la province de Taroudant, région du Souss Massa Drâ, au Maroc. Il est secrétaire général du Syndicat des paysans pauvres et membre du mouvement
Voici ce qu’il m’a déclaré.
La lutte des paysans pauvres d'Ouzioua pour leurs droits aux biens publics
« La lutte des paysans pauvres d'Ouzioua a débuté il y a longtemps. La construction du barrage Moukhtar Soussi avait joué un rôle très important dans notre lutte. La décision politique de construire ce barrage n'a pas pris en compte les biens des paysans pauvres. Le régime marocain défend toujours les intérêts des compradores et des grands propriétaires dans la plaine de Souss, qui ont occupé les terres collectives des paysans pauvres dans la plaine après avoir arraché les arganiers. Tout cela pour implanter des domaines d’agrumes et de primeurs, autrement dit pour développer une agriculture capitaliste destinée à l'exportation vers l'Europe. Le barrage est construit par la sueur et le sang des paysans pauvres d'Ouzioua qui ont perdu leurs terres, la seule source de vie, avec des indemnisations de rien du tout ! Imaginez qu’un mètre carré de terre irriguée par l'eau de la rivière, qui peut donner des récoltes pendant toutes les saisons est indemnisé 3 centimes d’Euro ! Imaginez une indemnisation qu’un olivier vieux d'un siècle qui peut donner en moyenne
Quel est à ton avis le responsable de cette situation ?
« Le premier évidemment est le régime de Hassan II qui avait choisi la voie de l'exploitation des paysans pauvres, en ouvrant la voie de l'occupation de leurs terres par les grands propriétaires, qui implantent leurs domaines dans le Souss, par l'intégration de la politique des barrages qui constitue pour nous un drame incurable, et menace la région de génération en génération. Les terres ne sont pas les seules qui sont massacrées, mais l'arganier aussi, la plante naturelle caractéristique du Sud marocain est la plus endommagée par cette politique. Le Souss est une région semi-saharienne, les pluies ne tombent pas régulièrement, elles sont d'une moyenne de 150 mm/an, l'arganier est une plante qui réserve l'eau de la nappe phréatique par sa faible consommation d'eau (25 fois moins que les agrumes). C'est une plante de biosphère, qui conserve l'équilibre nature. Or la descente de la nappe phréatique au Souss est provoquée par le surpompage dans les domaines des agrumes et le rasage l'arganier dans la plaine. Ce qui entraîne un déséquilibre naturel dans le bassin de Souss qui menace la vie des paysans pauvres aussi bien dans la plaine que dans les montagnes, à savoir que la diminution du niveau da la nappe phréatique entraîne la diminution du débit de l'eau des sources naturelles de montagne et, dans certains, même le tarissement de ces sources naturelles. Les paysans pauvres dans la plaine ne peuvent plus obtenir de l'eau pour l'irrigation par leurs moyens traditionnels, car ils sont dépourvus des aides financiers de l'État, qui met en revanche des fonds incroyables à la disposition des grands propriétaires.
Le deuxième responsable de cette situation est le président de la commune rurale d'Ouzioua qui est le bras droit des autorités à Taroudant. Par rapport à nous, c'est lui le responsable directe de cette catastrophe que vivent aujourd'hui les paysans pauvres d'Ouzioua, c'est lui qui avait donné un chèque en blanc à l'application de cette politique à Ouzioua. C'est lui le responsable de tous les problèmes des paysans pauvres aux Barrages Aoulouz dans les années 1980 et Mokhtar Soussi dans les années
Quelles sont les demandes des paysans pauvres aujourd'hui ?
« La première chose est la révision des indemnisations pour les propriétés que nous avons perdues, il faut nous rembourser avec des montants qui couvrent nos droits à la terre, à l'eau, aux ressources naturelles, surtout la réserve d'arganier et le développement de la culture et langue amazigh. À cette occasion, je veux signaler que c’est notre histoire elle-même qui est détruite par l'évacuation : nous avons été déracinés de notre terre, sur laquelle nos ancêtres avaient crée notre civilisation. Même si un tel remboursement ne peut remplacer toute la perte morale et matérielle que nous avons subie, ce qu’il faut, c’est une vraie décision politique de nous intégrer dans le vrai milieu naturel du monde paysan. Cela ne peut se faire que par le remplacement des terres perdues par des terres de même qualité, par un financement de nos projets agricoles. L’agriculture est le seul métier que nous avons entre nos mains, c'est notre identité.
La deuxième chose, c’est le jugement des responsables de cette situation, car même un remboursement légal ne peut guérir nos souffrances durant toutes ces années. L'impunité de ces responsables qui ont massacré les biens publics d'Ouzioua est rejeté par la société civile d'Ouzioua. Le président de la commune est le premier sur la liste des gens à juger. Ses cinq mandats successifs durant 31 ans à la tête du conseil communal sont là pour témoigner de sa lourde responsabilité dans la catastrophe des biens publics d'Ouzioua. »
Comment peux-tu nous décrire la situation de la commune d'Ouzioua?
Le visiteur d'Ouzioua peut voir à l'œil nu la situation d'une commune qui ne contient que de la poussière naturelle. Un siège de la commune datant du Moyen-Âge, situé entre une boutique baptisée « agence postale » et une petite mosquée. Une vague trace de goudron qui relie Aoulouz au barrage Moukhtar Soussi, toute couverte de poussière. Des mini-boutiques de par et d'autre de la route. Une école avec quelques petites salles et un noyau de collège de quatre classes construit depuis cinq ans. Un siège du bureau agricole qui ne rend aucun service aux paysans pauvres. Un petit carré de terre de labour réservé à l'abattoir et au souk (marché). L'électrification couvre ce qu'on appelle Ouzioua-Centre et quatre douars depuis 1998, à l'occasion de la construction des deux barrages sur la sueur et le sang des paysans pauvres. L'eau potable est une blague, une association de développement local avec l'aide d’ ONG japonaises, gère la distribution de l'eau potable dans ce qu'on appelle centre d'Ouzioua et dans le village du président (le maire). C'est tout cela que le président appelle dans ses interviews « le développement de la région mené pendant 31 ans ». C'est pour cela que le jugement du président comme responsable de destruction des biens publics d'Ouzioua est demandé par la société civile d'Ouzioua.
Il reste à signaler que sept douars qui ont perdu leurs terres ainsi que leurs maisons, sont encore dépourvus de l'électricité et de l'eau potable dans leurs nouveaux habitats depuis 2001 jusqu'à maintenant malgré, les 300 000 euro destinés à la réhabilitation de ces paysans pauvres depuis leur évacuation. Ce sont des biens publics que le président avait mal géré comme son habitude, c'est lui le responsable il doit être jugé. Trois douars qui ont perdu une bonne part de leurs terres au Barrage Moukhtar Soussi et qui n'ont pas perdu leurs maisons, sont dépourvus de l'électricité à cause la somme très élevée exigée pour raccorder les maisons aux lignes nationales d'électricité. Ceci malgré le financement du branchement de ces lignes au barrage par le ministère de l'Équipement, lignes qui passent sur les terres des paysans pauvres du douar Idergan, mon village natal. Le douar de Iberkenatn Arkraker est un autre cas de victime de la politique de la ségrégation menée par le président, qui l'a puni à cause de son opposition pendant les élections en l'éliminant de la liste des douars électrifiés depuis 1998 , bien qu’il soit voisin du siège de la commune. Il reste 27 douars marginalisés qui sont dans une situation critique et sont loin d'être en voie de développement. »
Pierre Amine Gemayel, 38 ans, était ministre de l’Industrie dans le gouvernement de Fouad Siniora, où il représentait le parti fondé par son grand-père Pierre et dirigé par son père Amine, ancien Président de
Pierre Amine Gemayel a été victime d’un attentat le mardi 21 octobre à Beyrouth, alors qu’il se trouvait au volant d’une KIA que son garde du corps venait de louer la veille au soir. Craignant pour sa vie, Gemayel changeait de voiture de location tous les deux jours. Seul son garde du corps était au courant de ce genre de détails. Et Pierre Gemayel lui avait justement donné congé ce jour-là.
Avec la mort de Gemayel, on approche du fameux « quorum ». Ce quorum inscrit dans le pacte issu des Accords de Taëf, qui fait office de loi fondamentale, stipule que toute décision gouvernementale engageant l’avenir de la nation ne peut être prise si un tiers des membres du gouvernement, soit huit ministres, s’y oppose. Or, la décision du gouvernement libanais d’entériner la proposition au Conseil de sécurité des Nations unies d’établir un tribunal pénal international pour juger l’assassinat de Rafic Hariri a été prise de manière illégale, puisque ce quorum n’était pas atteint et que de surcroît, la réunion avait été boycottée par le Président de
“Nous vivons un processus d’insurrection populaire similaire à
Par Hernán Ouviña, 1er novembre 2006
Depuis cinq ans, l’état d’Oaxaca, au sud du Mexique, traverse une période d’intense mobilisation politique. En consonance avec d’autres luttes de différents espaces et organisations dans le reste du Mexique, comme l’Autre Campagne [menée par les zapatistes durant la campagne électorale pour l’élection présidentielle), le Front Populaire pour
Résistante de grande tradition, Oaxaca, l’insurgée, a été digne d’être la terre natale de Benito Juárez et des frères libertaires Flores Magón. Bastion historique du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), il s’agit de l’état comptant la plus forte concentration de population indigène dans tout le Mexique, sa richesse et sa beauté contrastant avec l’énorme pauvreté et la marginalité dans lesquelles sa population se retrouve plongée depuis des décennies. Ce qui suit est un dialogue avec Miguel Linares Rivera, l’un des 21 enseignants et militants de l’APPO qui depuis quinze jours mènent une grève de la faim face à l’Hémicycle symbolique à Juárez de la ville de México :
À lire sur : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?lg=fr&reference=1618
par Gilad Atzmon, 22 novembre 2006
Ce texte est celui d’une conférence de Gilad Atzmon à Edinburgh, à l’invitation de
À lire sur : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1632&lg=fr
"Bleus-Blancs-Rouges" : rencontre houleuse au Théâtre de la Main d'Or
Par Ginette Hess Skandrani, dimanche 19 novembre 2006.
Une salle archi-bondée, des militant/es, des sympathisant/es, des contradicteurs très divers, noirs, blancs, métis ou arabes, de gauche comme de droite. Son public était là, pour lui poser des questions, polémiquer avec lui, lui dire son incompréhension suite à son passage remarqué aux BBR. C'était un public acquis à ses actions, mais sans aucune complaisance. Des cartons rouges ou verts ont été distribués à l'entrée, selon les questions à poser. Dieudonné : C'était la première fois que j'ai été aux BBR. J'y suis allé pour voir comment cela se passait. Nous avons poireauté un quart d'heure à l'entrée car ils étaient surpris de nous voir. J'ai croisé JM Le Pen, dit bonjour vite fait " au diable en personne ", puis serré la main à Golnisch avant de m'arrêter sur le stand des " enfants d'Irak " tenu par Janie Le Pen, où j'ai pris un thé. J'ai croisé quelques journalistes et leur ai dit que je n'étais pas là pour voter Le Pen, mais pour me faire mon opinion afin de trouver moi-même " mon axe du mal ". SOS-racisme étant responsable de la situation actuelle, car ils ont voulu sauver le racisme, je veux ouvrir un débat avec l'ensemble de la société, y compris ceux qui sont ici.
Nous nous sommes également rendus au siège du PS où nous avons rencontré des jeunes socialistes, mais il n'y a eu aucune répercussion dans la presse, cela ne les intéresse pas. Je suis face à un système de diabolisation. J'ai voulu me faire une opinion par moi-même. Je n'ai pas à donner des leçons de morale. Je veux juste essayer de poser le débat sur le clivage gauche-droite, négrophobie, sionisme, car les élections de 2007 sont des élections-charnières.
J'ai été surpris d'avoir été bien reçu, malgré quelques quolibets. Je n'ai pas vu un rassemblement raciste comme je m'y attendais. Il faut qu'il y ait un débat de fond et nous n'avons plus à suivre comme des moutons. Si Le Pen est capable de poser les véritables questions, alors OK, bien que son projet politique ne me cause pas.
Il ne sera d'ailleurs jamais président. J'ai un devoir de désobéissance par rapport à la pensée unique. La diabolisation et le chantage à l'antisémitisme dont je suis l'objet est un facteur terriblement disqualifiant, alors que je suis profondément attaché à liberté de penser. Ils veulent tous me couper la parole.
Ahmed Moualek (La banlieue s'exprime) a renchéri sur ce qu'a dit Dieudonné.
Plusieurs questions ont fusé : sur Le Pen tortionnaire pendant la guerre d'Algérie, sur les Arabes et les Noirs qui ont été agressés par des militants du FN , sur le pourquoi de sa démarche, sur sa sincérité. Il a essayé de répondre aux questions et n'y est pas toujours arrivé. Ahmed est a répondu à une question sur la guerre d'Algérie : " je n'ai plus envie de dénoncer ce qu'a fait Le Pen car l'histoire sert beaucoup à certains pour décider à notre place ". Il est hors de question que le PS nous dise quoi faire, a ajouté Dieudonné. Nous ne voulons plus nous laisser faire. Nous devons aller au charbon.
Dieudonné a répondu plusieurs fois : Le fait de visiter cet endroit a permis de créer un débat. Si je vais voir les gens de Cachan, personne n'en parle. L'intérêt d'y aller, c'est de se rendre compte de la situation.
Un intervenant lui a fait remarquer que Le Pen n'avait aucun pouvoir et qu'il était juste un épouvantail. Un autre intervenant lui a dit que son mode de communication le dérangeait : " tu devais dénoncer en sortant de là, ramène-moi une vraie info. Tu donnes une interview en disant juste : " On me diabolise". Dieudonné : je suis quelqu'un qui a franchi les lignes jaunes. On a joué avec une frontière, si on peut la fracturer tant mieux. J'affirme qu'il n'y a pas eu de phase préparatoire. Il y a des gens autour de moi qui ont une histoire avec le FN, ils n'ont rien organisé car cette visite était une surprise. Je n'ai jamais dit que je voterai pour Le Pen et je ne suis pas prêt à le faire.
Une intervenante : " J'aime ce que vous faites en tant qu'artiste, mais là je ne peux plus vous suivre ".
" Comment as-tu pu serrer la main à ce salaud alors que nous l'avons empêché d'atterrir à la Martinique. Aimé Césaire ne serait pas content de ce que tu as fait ", disait une autre intervenante.
Dieudonné : " Je ne suis pas un leader, vous n'êtes pas obligés d'être d'accord avec moi. J'ai juste envie de faire exploser le système, les relations de dominants à dominés ici et vers l'Afrique doivent changer et c'est ici que ça doit bouger. Il y a une crise politique grave. Nous sommes en période pré-révolutionnaire. On ne voit pas le Hugo Chavez à la française arriver. Il y a une crise de confiance et la libre-pensée peut nous faire avancer ".
En réponse à une question sur le coordinateur de campagne, Marc Robert, et ses relations passées et présentes avec le FN, Dieudonné a répondu : " Il est vrai qu'il a un parcours politique chaotique (ou cahotique) entre ses passages du PS au FN, mais il n'est pas là, c'est à lui de vous répondre "
"J'étais très content d'arrêter la campagne, cela me permet de refaire de la scène, et je préfère de beaucoup la cour de récré."
Je ne sais pas si Dieudonné a convaincu son auditoire. Dans tous les cas de figure, le troublion continuera à faire sa campagne et, comme il le dit lui-même, il n'est le porte-parole de personne. Je ne suis pas persuadée que son intrusion aux BBR était une bonne chose, vu ma mauvaise opinion sur les positions lepénistes, à la fois sur l'immigration, le statut des étrangers, la régularisation des sans-papiers ou l'ancienne idéologie colonialiste (Algérie, Kanaky etc.). Mais si je comprends bien l'analyse que fait Dieudonné, il estime que le blocage de la situation française, du au clivage entre extrême-gauche et extrême-droite, empêche le mouvement social de trouver une expression politique. Il faut donc, d'après lui, dépassser ce clivage en essayant de comprendre les motivations réelles - et dévoyées - qui attirent les gens vers Le Pen. Peut-être Dieudonné a-t-il ouvert une brèche ? En tout cas le débat qu'il a déclenché risque d'être plus enrichissant que l'affrontement entre Blanche-Neige et le Nain hongrois.
Par Amal Lahoucine, 17 novembre 2006
Il y a dans la province de Taroudant, d'après le délégué de l'inspection du travail, plus de 750 domaines d’une superficie variant de 10 à
Il y a 13 stations d’emballage (l’essentiel de la production est exporté) employant entre 3500 et 4000 ouvrières et ouvriers. 90 % sont des femmes qui travaillent dans des conditions d’exploitation proches de l’esclavage :
- journées de 10 à 12 heures.
- salaire de 4 Euro par jour.
- pas de carte de travail.
- pas d’inscription dans
- pas d’indemnités familiale.
- pas d'indemnisations de congés ou de jours fériés.
- pas de mutuelle.
Les femmes qui travaillent comme ouvrières agricoles ou agro-industrielles sont des paysannes et des femmes des quartiers populaires de Marrakech, Safi, Essaouira, Casablanca et Ourzazate.
La région d'Ouled Teima est parmi les premiers lieux d'exploitation des terres collectives des paysans pauvres par les colons dans les années quarante du 20ème siècle. Plus de 50 % des domaines sont aux mains de la nomenklatura (domaines royaux, de ministres, de députés, de compradores, d’officiers supérieurs de l’armée, et de leurs femmes et enfants).
Les ouvrières et ouvriers agricoles luttent pour:
- les libertés syndicales.
- avoir la carte de travail.
- avoir des bulletins de paye
- des congés annuels.
- la titularisation.
- la réintégration des ouvriers suspendus.
Dans un domaine qui s'appelle Laglita ( « eau stagnante » en arabe) et qui appartient à un haut officier retraité, 5 ouvriers ont été licenciés le 6 juin 2006. Le bureau syndical de
Le 18 juillet 2006 le patron a licencié dix autres ouvriers , dont les membres du bureau syndical. Les ouvriers sont alors entrés en lutte :
- sit-in continu près de la route principale n° 10 entre Agadir et Ouled Teima à partir du 27 juillet 2006.
- sit-in de deux heures devant la ferme.
- grève de la faim de 48 heures.
- marche solidaire des ouvriers de plusieurs sociétés à Ouled Teima le 3 août 2006.
- sit-in de deux heures le 10 août 2006.
- marche des ouvriers de diverses sociétés à Ouled Teima le 17 août 2006.
5 ouvriers syndicalistes sont inculpés. L’audience du tribunal de première instance du 13 novembre 2006 est reportée au 17 novembre 2006.
- grève de faim de 24 heures le 24 août 2006.
Le 17 septembre
Le 23 septembre 2006 à 6 du matin, les forces de répression agressent le sit-in, chassent les manifestants et brûlent leurs affaires.
- grève générale le 21 septembre 2006.
Pour soutenir les ouvriers licenciés, un marche de soutien était organisée par les ouvriers des autres sociétés le 7 octobre 2006 du lieu de sit-in au centre de la propriété, et un nouveau sit-in permanent est déclenché.
Quatre ouvriers sont inculpés et l’audience de tribunal du 26 octobre 2006 est reportée au 7 décembre 2006.
Quatre autres ouvriers sont poursuivis le 2 novembre 2006.
Parmi les 8 ouvriers poursuivis, certains ont deux ou trois dossiers judiciaires en cours.
NDLR : Ouled Teima (aussi appelée Houara) est une bourgade située entre Agadir et Taroudant, dans la plaine du Souss, dont la population est passée de 1570 en 1960 à 60 000 en 1998, soit une multiplication par 40, ce qui est révélateur des bouleversements sociaux engendrés par l’intrusion du capitalisme dans les campagnes du Souss. Les habitants de cette ville sont des ruraux déracinés et contraints au salariat dans la production agricole destinée à l’exportation. Une des fiertés de la ville est son équipe de football amateur, le Chabab Houara, champion 2006 du groupe Sud du Groupement National de Football Amateurs.
Cette millionnaire italo-américaine devient le troisième personnage de Washington
Par Fausto Giudice, 14 novembre 2006
Avec la victoire électorale des Démocrates aux élections de mi-mandat du 7 novembre, Nancy Pelosi devient « speaker » de
Nancy Pelosi, la dame de fer de San Francisco, est une femme à poigne qui gagne à être connue. « Je ne pense pas être dure, dit-elle. Je suis ferme et forte. Ceux qui me connaissent savent qu'il ne faut pas jouer avec moi. » Alors que pour la forme et le style, elle a adopté ceux des Républicains, dans le fond elle est une démocrate pur jus, qui milite pour donner un visage humain à l’Empire. Si elle pense que les troupes US doivent se retirer de l’Iraq, c’est parce qu’elle pense que c’est désormais à l’Iran qu’il faut faire la guerre. Et elle a prononcé cette petite phrase historique : « La création de l’État d’Israël est un des miracles du XXème siècle. » Création dont elle aime répéter qu’il s’agit de « la plus grande réussite du XXème siècle. »
Elle est née en 1940 à Baltimore dans une famille italo-américaine catholique où elle fut la seule fille à côté de cinq garçons. Son père, Thomas d’Alesandro Jr. fut maire de Baltimore de 1947 à 1951 et son frère Thomas d’Alesandro III le fut de 1967 à 1971. Mariée au promoteur immobilier Paul Pelosi depuis 1962, elle s’est installée avec lui à San Francisco, où lui a fait fortune et elle a fait carrière. Aujourd’hui, avec une fortune évaluée à 25 millions de dollars, elle est la troisième députée la plus riche du Congrès.
Elle est entrée tardivement en politique, à l’âge de 47 ans, une fois que son dernier fils était entré à l’Université et qu’elle estimait avoir achevé son rôle de mère. Élue représentante du 8ème district de Californie, elle s’est faite une réputation de « liberal » - c’est-à-dire progressiste dans le vocabulaire US -, présentée même comme une dangereuse gauchiste par ses adversaires républicains. Gauchiste, Nancy ne l’est sûrement pas. En France, elle ne dépareillerait pas dans un PS, quelque part entre DSK et Jospin ou Rocard et en Italie elle trouverait tout naturellement sa place entre Prodi et d’Alema. En tout cas, elle est favorable à l’avortement, elle est contre la prière obligatoire à l’école et pour les peines de susbstitution. Son programme pour les élections qu’elle vient de gagner tenait en six points : relèvement du salaire minimum, élargissement aux classes défavorisées de l’accès aux soins médicaux, baisse du taux de crédit accordé aux étudiants, allègement des charges fiscales de la classe moyenne – cette « middle-class » qui constitue l’élément décisif du corps électoral US -, et réduction des coûts administratifs des petites et moyennes entreprises.
Si Pelosi a voté contre la guerre d’agression contre l’Iraq, elle a en revanche voté pour le budget de financement de l’occupation militaire du pays entre les deux fleuves, tout comme elle avait voté en 2001 pour l’adoption du Patriot Act. Elle a cependant voté contre le renouvellement de cette super-loi « antiterroriste » qui limite singulièrement les droits et libertés inscrits dans
Cette Italo-Américaine pourrait sans doute faire sienne la devise de l’Italo-Américain le plus célèbre du XXème siècle, le gangster Al Capone : « Tu peux avoir beaucoup plus avec un mot doux et un revolver qu'avec seulement un mot doux. », dont on dit que Donald Rumsfeld –première victime collatérale de la défaite électorale que viennent de subir les Républicains -, l’avait adoptée.
Tout cela serait bel et bon s’il n’y avait la question d’Israël et c’est là que Nancy Pelosi rejoint le « mainstream » (courant dominant) de la classe politique US, qui est dévoué corps et âme à la cause sioniste. Cela lui vient sans doute de sa fréquentation assidue des familles juives de son quartier d’enfance à Baltimore –« il n’y avait pas un samedi où elle n’assistait à une bar mitzvah ou une bat mitzvah », a témoigné un de ses amis d’enfance - et de l’appui électoral que lui ont apporté les institutions de la communauté juive de San Francisco. Il y a quelques années, elle expliquait à une rencontre de l’AIPAC, la principale organisation du lobby juif de Washington – quelque peu embarrassée par des récentes affaires d’espionnage au profit d’Israël – que son beau-fils étant juif, elle avait eu l’heureuse surprise de se voir souhaiter son « Happy Birthday » par ses petits-fils en…hébreu.
Et elle a étalé son sionisme primaire lors du congrès de l’AIPAC de 2005, où elle expliquait, la main sur le cœur, que la cause du conflit israélo-palestinien, loin d’être l’occupation de
Bref, on l’aura compris, ce n’est pas de la nouvelle patronne du Congrès qu’il faudra attendre une quelconque tentative de modification de ce qui a été une constante de la politique US depuis 1947 avec le démocrate Truman : le soutien inconditionnel à l’État dit juif. Tout au plus tentera-t-elle de mettre des bémols à un soutien US trop ouvertement enthousiaste à ce qu’il est bien convenu d’appeler un génocide tranquille. Ce qu’on pourrait appeler du « pelosionisme ».
Le signe avant-coureur de ce léger infléchissement a été donné cet été, lorsque Pelosi a retiré son nom d’une résolution du Congrès sur la guerre menée par Israël contre le Liban, car la résolution n’abordait pas la question de la protection des civils libanais. Mais le Lobby a immédiatement mis en branle sa machine à ramener dans le rang tout politicien se montrant un tant soit peu récalcitrant. Et Nancy est aussitôt rentrée dans le rang.
par Amal Lahoucine, 14 novembre 2006
Le sit-in organisé le mardi 14 novembre à Ouzioua pour la défense des biens publics et des droits fondamentaux des paysans pauvres s’est bien passé, malgré l'intervention du Caïd (chef des autorités locales) d'Aoulouz, qui voulait empêcher les paysans pauvres de participer au sit-in. Les militants sont alors intervenus et ont obligé le Caïd à quitter les lieux (photo no 8) pour aller se replier auprès du Pacha d'Ouled Berhil au siège de la commune. Après cela le sit-in a duré 2 heures. Les manifestants ont scandé leurs slogans de protestation :
- l'électricité, la terre et l'eau sont des droits de l'homme.
- aujourd'hui ou demain les droits sont obligatoires.
- aujourd'hui ou demain le Tamazight (langue parlée par les Berbères) est obligatoire.
- deux barrages sont construits, le développement est négligé.
- deux barrages sont construits, les indemnisations sont volées.
- 30 ans au conseil communal, Ouzioua est marginalisé.
- aujourd'hui ou demain, les comptes seront réglés.
A la fin du sit-in, trois discours ont été faits :
- le premier était celui du secrétaire général du Syndicat des paysans (photos 5 et 7).
- le deuxième était celui du représentant des paysans pauvres du douar Idergane.
- le troisième était celui du représentant du Front de défense des biens publics et des droits fondamentaux.
Une réunion des représentants de la société civile a été organisée au siège du syndicat. Après avoir discuté cet événement à tous les niveaux, tout le monde s’est donné rendez-vous pour la prochaine mobilisation, l'audience du 7 décembre où seront jugés les cinq militants inculpés pour la marche rouge du 7 mai dernier.
Voir le reportage photo sur : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1545&lg=fr
Entretien avec le paysan pauvre militant Hassan Id Abdallah (village de Tasdermte, province de Taroudant, région du Souss Massa Drâa, Maroc)
Propos recueillis par Amal Lahoucine, novembre 2006
Hassan Id Abdallah est un paysan pauvre militant. Il habitait au douar Tasdermte (mot amazigh signifiant Porte), situé à l’entrée de la vallée d'Ouzioua. Il est parmi les fondateurs de l'association Ifghelen (signifiant espace réservé aux troupeaux du village) constituée en 1997. Ifghelen est aussi le nom de l’endroit où le barrage Aoulouz est construit. Hassan est aussi membre fondateur du syndicat des paysans pauvres d'Aoulouz. Il vit aujourd'hui dans le nouveau village, Tisrass, créé après la destruction de Tasdermte, où il s’est installé avec sa famille, après l'évacuation par le barrage. Dans son ancien village, la famille Id Abdallah avait une belle maison située au pied d'une montagne dominant la vallée d'Ouzioua. Aujourd'hui, seuls demeurent les souvenirs de cette ancienne et belle Tasdermte.
Voici ce que m’a déclaré Hassan.
Il nous parle tout d’abord de sa maison dans l'ancienne Tasdermte.
« Je suis prêt à militer jusqu'à la mort pour les biens publics d'Ouzioua malgré ma maladie qui m'oblige à être hospitalisé à l'hôpital Mokhtar Soussi à Taroudant depuis mercredi dernier.
Tasdermte, mon village natal, fait désormais partie du passé passé, mais son souvenir ne peut pas me quitter, je me rappelle tous les détails, comme si c’était aujourd'hui. Notre belle maison au pied de la montagne, à la porte de la vallée d'Ouzioua Tasdermte (qui signifié aussi, la place et le rôle social d'un homme dans la société) au bord de la rivière d'Ouzioua, qui coule sans arrêt pendant les quatre saisons. Notre nouvelle maison, dont les travaux se sont terminés en
Au moment de l'évacuation obligatoire, J'avais refusé de quitter notre maison sans ouvrir un dossier juridique pour justifier de la valeur exacte d'un remboursement légal. C’était la seule maison qui restait debout à Tasdermte face au bulldozer qui avait tous détruit dans notre village. Les champs et récoltes avaient été rasés par ce bulldozer, pour détruire les traces du vol commis au moment du recensement des biens des paysans pauvres. J'avais envoyé des lettres de protestation aux responsables locaux et nationaux en demandant une expertise de nos biens. Un expert de la province était enfin arrivé, pour faire son travail. Cela se passait dans les années de plombe, c'était en 1988.
Mais rien n'a été réglé. Tout le fruit de mes activités agricoles à Tasdermte et de celles de mon frère, ouvrier émigré en France depuis les années soixante, a été perdu, massacré pour bâtir le capitalisme. »
Puis Hassan nous parle des inondations au moment du recensement des terres des paysans évacués.
« La deuxième chose qui reste choquante dans ma mémoire est le rasage des terres près de la rivière par les inondations de 1987, avant le recensement de nos champs. La rivière avait rasé une quantité importante des champs des paysans pauvres, sans aucun secours de la part du régime marocain. Ce qui est important à signaler ici, c’est que la carte topographique qui va être utilisée pour le recensement des champs avait été déjà faite avant les inondations. La question que posaient les paysans pauvres était : ‘au compte de qui ces terres perdues par les inondations sont-elles recensées ?’
Il faut savoir à ce niveau qu'il y avait une liste de personnes qui avaient de relations directes ou indirectes avec le régime marocain et qui ont été bénéficiares, alors que, légalement, elles ne possédaient aucun bien dans la région. Il faut aussi savoir que des paysans pauvres sont spoliés de leurs biens sans obtenir aucun remboursement et que certains attendent toujours l'exécution des décisions du tribunal administratif d'Agadir. Je suis parmi ceux qui attendent l'ouverture de dossiers de violations graves des droits économiques. »
Hassan aborde ensuite la lutte des paysans pour conserver ce qui leur restait de terres bours (terme amazigh désignant les terres irriguées uniquement par les pluies), et la situation du nouveau village.
« Cette question est apparue après l'évacuation pour cause de barrage, qui a été suivie par un faible remboursement, trois fois rien. Nous avions un bour très important à un kilomètre du barrage, c’était le seul espace qui restait pour s'installer au début des années 1990. On a recommencé à zéro, il fallait bâtir une maison qui n'est plus comme celle qu'on avait perdu au barrage, il fallait creuser un puits pour avoir l'eau pour la construction de la maison, l'eau potable et l'irrigation du potager à côté de la maison. Nous av